• Lettre ouverte aux imbéciles malheureux

    Combien de nos ancêtres qui n’en étaient pas et n’en seront jamais m’ont parlé avec une éloquence fardée d’ironie de tous ces brasseurs d’air qui croient faire progresser le monde, alors qu’à la façon de la tempête ils sont un frein à la bonne marche du monde.

    Voltaire l’a souvent dénoncé et plus près de nous, un certain mais fameux Georges Brassens prenait un malin bonheur à fustiger les »cons ». J’en ai rencontré moi aussi de nombreux, ignorant au début de ma vie et par manque d’expérience que cette race se développait à la vitesse de la lumière. Même Einstein ne l’avait pas prévu. Et ces maroufles qui en manquent eux, de lumière, se permettent de pérorer, de converser, d’écrire çà et là,  sans n’y rien comprendre, sur les sujets les plus variés bien éloignés de leurs compétences, comme le prônait à sa façon, mon cher maître Abauzit : ils condamnent sans savoir, invectivent sans connaître le fond et le train des problèmes. Pauvres mendiants du savoir, alcooliques de la bêtise et de l’intolérance, chantres chétifs de la jalousie. « La critique est aisée, mais l’art est difficile » ; l’adage a fait depuis belle lurette son chemin dans les esprits sains. Hélas nombreux sont ceux qui persistent encore  à en pratiquer l’antithèse et plongent allègrement dans leur cerveau dont la profondeur ne risque point de les engloutir. Ces lignes leur sont bien destinées, mais qui sait s’ils s’y reconnaîtront ? A tous ces reîtres de l’imbécillité je conseillerais d’aller plutôt cultiver leur jardin qui me semble bien envahi par le chiendent de la délation gratuite ( au lieu de s’autoproclamer détenteurs d’un pouvoir absolu dont l’esprit régalien est révolu depuis des lustres).  Et mon vieil et sage ami me demanda si ces inquisiteurs de bas étages étaient bien conscients de leur « connerie ». « Sacré Brassens », s’exclama t’il, « il doit se retourner dans sa tombe ou rigoler, derrière ses moustaches, la bouffarde entre les dents, en déplorant les ravages de ce fléau de tous les temps ».

    Bernard Dio